Carburants de synthèse : entre espoir et controverse

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Le dossier de la rédaction est consacré, cette semaine, aux carburants de synthèse. Ce sont eux qui vont peut-être permettre aux moteurs thermiques de perdurer après 2035.

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Carburants de synthèse : entre espoir et controverse
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2035 devait marquer la fin du moteur thermique pour les voitures neuves pour un passage au tout électrique. L’Union européenne (UE) a bel et bien validé, fin mars, l’interdiction de la vente des véhicules essence, diesel et hybrides, mais laisse tout de même la porte ouverte aux moteurs fonctionnant grâce aux carburants de synthèse. L’Allemagne a pesé de tout son poids pour faire céder l’UE. Une aubaine pour ses grands constructeurs comme Porsche, Audi, Mercedes ou encore BMW et leurs précieux moteurs thermiques. Cette proposition, séparée du texte initial, doit toutefois être validée d’ici à l’automne 2024.

Une fabrication en laboratoire

Des e-fuels qui promettent d’être plus vertueux puisque produits sans pétrole, et qui émettraient moins de CO2, un gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Rappelons que l’Europe vise la neutralité carbone en 2050 et que cela passera par une décarbonation du monde des transports, responsable de près d’un tiers des émissions de dioxyde de carbone de l’UE.

« Pour fabrique du e-fuel, on va capter du CO2, explique Richard Tilagone, le directeur de la direction mobilité et systèmes au sein de l’IFP Énergies Nouvelles. Avec ce CO2, on va faire une molécule adaptée pour en faire un carburant, en l’associant à de l’hydrogène décarboné. Cela donnera un carburant identique en termes de performance. »

Des carburants de synthèse utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale

En 2022, Porsche a inauguré sa première usine produisant du e-fuel. Mais le géant de l’automobile allemand n’est pas le premier à produire des carburants de synthèse.

Il faut revenir à une période sombre de notre histoire pour découvrir les débuts de ce carburant.

1940, l’Europe est en guerre... L’Allemagne et les forces de l’axe d’un côté, les États-Unis et les alliés de l’autre. Tous sont confrontés à un problème de taille : le manque de ressources et notamment de carburant. La Wehrmacht a alors une idée : reprendre les travaux de deux scientifiques allemands, Fischer et Tropsch. Tous deux ont mis au point un procédé chimique en 1920, consistant à liquéfier un gaz synthétique. Ce carburant détenait cependant moins de vertus que celui produit de nos jours. L’Allemagne, riche de ses forêts et de ses mines de charbon, les utilise comme ingrédients, la question environnementale n’étant clairement pas la première des préoccupations à l’époque.

L’armée allemande investit massivement dans ce liquide faisant passer ses stocks de 108.000 tonnes en 1933 à 1.917.000 en 1943. Les transports, les véhicules de combats et même l’aviation tournent au carburant synthétique. Cette industrie aurait satisfait près d’un tiers des besoins allemands durant la guerre, prouvant par la même occasion son efficacité et son utilité. Cela n’empêchera pourtant pas la défaite de nos voisins germains. Après l’armistice, l’armée de l’air américaine récupère les travaux allemands pour développer la technologie. Elle finira par abandonner à la découverte des champs de pétrole en Arabie saoudite.

Des e-fuels pointés du doigt

Si les carburants de synthèse en cours de développement promettent d’être vertueux, ils sont tout de même pointés du doigt par les ONG environnementales. D’après Transport & Environnement, le bilan carbone de ces e-carburants est mitigé avec un gain d’émission de dioxyde de carbone de l’ordre de 5 % seulement, par rapport à un véhicule thermique d’aujourd’hui. Ils ne règleraient pas non plus le problème des émissions des polluants atmosphériques comme les particules fines ou les NOx, en plus d’être très énergivores pour leur production.

Alors les carburants de synthèse qui se passent du pétrole sont-ils une bonne solution dans la lutte contre le réchauffement climatique ou un véritable leurre comme le soulignent les ONG environnementales ? L’avenir nous le dira. Toujours est-il que les e-fuels pourraient être intéressants d’un point de vue écologique pour les moyens de transport dont les alternatives aux énergies fossiles sont limitées, comme dans l’aérien ou le maritime.